Lutte contre les violences conjugales

Sortir de l’emprise

La sortie de l’emprise suppose que la personne prise pour objet ne confonde pas amour et possession, ne soit pas involontairement complice du fait de la position indispensable pour l’autre qu’elle occupe. « Je t’ai dans la peau, tu es pour moi l’élue de mon cœur et de ma chair.»
Les équivoques sur l’amour sont nombreuses et la place réservée à l’objet de satisfaction pulsionnelle peut faire croire à l’objet d’être la reine.
La réaction à l’emprise va donc dépendre d’abord de l’élaboration de la personne dès sa prime enfance, de la place limitée des sentiments, de la critique des situations, de la réflexion sur la jouissance. Mais surtout, c’est l’exigence d’une parole échangée comme dans le « oui » réciproque d’une alliance fondatrice du couple. Il y a donc, non pas des personnes prédisposées à subir l’emprise, mais en risque d’être plus facilement réduites à l’objet. Ainsi, certaines femmes peuvent répéter qu’elles sont sous un mauvais sort, un destin funeste qui les entraîne à toujours rencontrer des hommes possessifs, jaloux, violents, voire alcoolo-tabagiques.
Pour sortir de l’emprise, il faut recouvrer l’ensemble personnel de ses manifestations et de ses exigences intimes. La croyance en soi, en la particularité de son histoire, en l’originalité de son expression, devient secourable.
Toutes les particularités d’une personne vont se manifester dans le choix de ses mots et leur mise en place dans l’originalité de son style. « Le style fait l’homme », prétend-on. Ce n’est pas là retrouver une expression langagière érudite, compliquée, subtile ou littéraire. C’est l’exigence qu’une parole porte celui qui parle à l’oreille d’un autre, que sa demande accrochée à sa vie et à sa mort soit entendue à chaque rencontre comme ultime.
Car chaque être humain est construit sur un manque, une in- suffisance qui le tenaille au creux de sa chair marquée par les mots du langage maternel. Le manque se révèle constamment.
Où est la vérité qui nous échappe obstinément et n’est révélée à chacun que par le mensonge ? Qu’est-ce qui constitue la différence sexuelle masculin/ féminin, hormis les particularités anatomiques ? Et pourquoi la procréation doit-elle passer uniquement par le ventre de la femme ? Et pourquoi, si moi le mâle je veux un fils, faut-il que j’accepte qu’il soit « pondu » par une femelle ? Et pourquoi le réel qui m’échappe constamment me conduit tout au plus à constater la réalité (étymologiquement : qui vient du réel) qui n’est qu’une pâle imitation plus ou moins factice ?
Chaque être humain est tenu par ce creux qui l’habite. Toute rencontre avec un autre vise à réduire cette faille, à retrouver la paix intérieure au moins pour un temps, à renouveler ses forces, à se propulser dans de nouvelles découvertes, de nouveaux com- bats pour la vie. Et non pas à être le produit de consommation pour satisfaire les besoins d’un autre au prix de sa désertification intime.

La rencontre langagière est un tricotage des mots dans un espace interpersonnel et dans un temps qui révèle chacun, l’un à l’autre. Il se crée ainsi entre deux, ou plus, une sorte d’édifice de parole où chacun peut se reconnaître au-delà des apparences sans bien savoir ce qui se traduit là, le sens caché de la révélation. C’est ce que l’on peut nommer les effets d’après coup d’une parole par essence échangée.
Cette position dans la rencontre ouvre au respect de l’autre et de soi-même. On peut dire que, si l’on aspire à l’amour, c’est là qu’il est à rencontrer, dans l’altérité, le respect, la création et non dans le sentiment ou la seule émotion. La personne qui se sent faible, réduite à l’objet de consommation de l’autre dans une répétition sans fin, a le devoir de se protéger. Elle ne peut le faire qu’en se confiant dans le monde des mots à un autre qui, au nom du soin, lui offre la sécurité d’un espace langagier où se produisent les personnes. L’autre n’est pas forcément un psychothérapeute, ce peut être un membre actif d’une association, une amie, un policier, une gendarme, un avocat, un travailleur social. Mais plus que la fonction qu’il occupe, ce qui va être important, c’est son calme, sa patience, son écoute, le respect des silences, sa prudence dans les réponses, sa volonté de ne pas vouloir convaincre.Tout ceci vérifié spontanément à chaque rencontre dans les effets d’après coup. C’est ainsi que s’ouvre la personne à l’exigence de ce qui constitue et protège l’humanité : la parole, encore nommée le Symbolique.

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